Blacklight Power, fusion froide et Masdar‏


blacklight-power-2Aujourd’hui, le physicien Pierre Langlois nous parle de la démonstration du générateur d’énergie à base d’eau de la compagnie  Blacklight Power (BLP) dont il nous a parlé dernièrement et qui a eu lieu le 28 janvier dernier. Il nous parle également de fusion froide et de la ville écologique de Masdar, en Arabie.

Dans le cadre d’une entente nouée avec le physicien Pierre Langlois , Éco-Énergie à Montréal et Roulezelectrique ont obtenu le privilège de vous présenter le contenu intégral des infolettres qu’il publie sur une base régulière. Mentionnons que Pierre Langlois est consultant en mobilité durable, auteur et conférencier. Il est d’ailleurs l’auteur du livre Rouler Sans Pétrole, publié aux Éditions MultiMondes. On a pu l’apercevoir au petit écran dans des reportages consacrés aux hybrides rechargeables et aux batteries et voitures électriques, à l’émission Découverte, entre autres, où il a témoigné en tant qu’expert. Il a également siégé sur le comité aviseur responsable d’appuyer Daniel Breton dans le développement de la politique d’électrification des transports du Québec.  Un gros merci à lui.

Blacklight Power (hydrinos), Industrial Heat (fusion froide) et Masdar‏

Bonjour à tous

Pour faire suite à mon courriel vous informant de la démonstration de Blacklight Power (BLP), elle a bien eu lieu le 28 janvier dernier, mais un rapport officiel n’est pas encore disponible sur le site de la compagnie, ni de vidéo d’ailleurs. Pour le moment, nous avons un compte rendu très sommaire de l’une des 70 personnes qui ont assisté à la démonstration ici

http://www.e-catworld.com/2014/01/report-from-the-blacklight-power-demonstration/

Sur le site de BLP, dans la section «What’s New» on mentionne que Randell Mills, l’inventeur et fondateur de la compagnie, fera une présentation le 6 février 2014 à un évènement annuel pour les investisseurs dans la région de Philadelphie (BLP est à 100 km de cette ville). Cet évènement étant public, en principe on devrait en savoir plus lors de cette présentation. Ce sont principalement des investisseurs sur invitation qui ont assisté à la démonstration du 28 janvier 2014, selon le compte rendu mentionné plus haut, et l’expérience portait sur le dégagement de chaleur sous forme d’impulsion et sans conversion électrique. Donc pas encore de fonctionnement en continu, ce que je soupçonnais. Mais BLP semble sur la bonne voie pour générer des quantités importantes d’énergie.

Je dois vous dire que je suis cette aventure depuis 2000 environ et que j’ai lu beaucoup d’articles publiés par BLP ainsi que le livre publié par Randell Mills. J’ai dû consacrer environ 1000 heures sur les «nouvelles énergies de l’hydrogène» (hydrinos et fusion froide) depuis 2000. Je suis allé au 10e congres ICCF (International Conference on Cold Fusion) à Cambridge, près du MIT, et j’ai même donné quelques conférences sur le sujet en 2004. Pour moi, ces phénomènes sont bien réels et ont été démontrés hors de tout doute.

Il est fort probable, à mon avis, que les hydrinos expliquent la fusion froide, qu’on appelle aujourd’hui réactions nucléaires à basse énergie (RNBÉ) (LENR dans la littérature scientifique anglophone). L’hydrino étant un atome d’hydrogène rétréci, il devient à terme comme un quasi neutron, puisque sa charge électrique totale est neutre. Et on sait bien que les neutrons sont les clés pour pénétrer les noyaux des atomes et induire toute une panoplie de réactions nucléaires (fusion, fission, transmutation), qu’on observe dans les RNBÉ. Voici une diapo de ma conférence sur les RNBÉ qui explique pourquoi

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Et ne vous y trompez pas, l’expression «basse énergie» dans «réactions nucléaires à basse énergie» s’applique aux énergies requises pour amorcer et entretenir les réactions nucléaires (très propres soit dit en passant), et non aux énergies dégagées. Autrement dit, on n’a pas besoin de 100 millions de degrés Celsius pour amorcer la réaction comme c’est le cas avec la fusion chaude. Des températures souvent inférieures à cent degrés, voire deux cent degrés sont suffisantes pour amorcer et entretenir les réactions.

Plusieurs diront que si ça fait si longtemps qu’on expérimente avec ces phénomènes et que c’est bien réel, il devrait déjà y avoir des produits commerciaux. Mais il ne faut pas oublier que passer d’une expérience de laboratoire à une centrale électrique c’est pas trivial et ça demande des ressources financières et humaines importantes. Lorsque Faraday a découvert le principe d’induction électromagnétique en 1831 (production de courants électriques avec des aimants en mouvement ou des champs magnétiques en mouvement), on n’a pas vu apparaître de générateurs d’électricités industriels avant 40 ans, et il a fallu attendre en 1884 (53 ans plus tard) avant de voir la première centrale électrique inaugurée par Edison pour alimenter en électricité ses ampoules électriques dans la ville de New-York. La même chose avec les centrales nucléaires. Les réactions en chaîne avec l’uranium ont été découvertes à la fin des années 1930, mais les premières centrales sont apparues 20 ans plus tard après des investissements de plusieurs milliards de dollars et de milliers de chercheurs et ingénieurs. Or, moins de 6 mois après la découverte de la fusion froide en 1989 par Pons et Fleischman, un comité formé de gens en fusion chaude (recevant des centaines de millions de $ pour leurs laboratoires) ont recommandé au gouvernement de ne pas financer ces recherches car elles contredisaient tout ce qu’on avait établi depuis 50 ans et étaient difficiles à répéter. Non seulement il n’y a pas eu de financement gouvernemental, mais les principales revues scientifiques ont refusé de publier les résultats des travaux sur le sujet et le bureau des brevets étatsunien a bloqué les brevets de façon systématique. Alors, sans subvention gouvernementale, sans publications et sans brevets comment voulez-vous faire de la recherche?! Sans compter que ceux qui voulaient quand même faire de la recherche dans le domaine étaient ridiculisés et risquaient de briser leur carrières. Ceux qui ont continué sont les barbes grises qui ont vu de leurs yeux la réalité de l’énergie dégagée et des transmutations dans leur laboratoire. Quelques centaines d’irréductibles ont donc continué la recherche avec des fonds marginaux, répartis dans une douzaine de pays.

Or, ce qui devait arriver est arrivé depuis quelques années. Andrea Rossi a réussi en 2011 à fabriquer un petit réacteur RNBÉ dont le cœur est gros comme une pile D pour lampes de poche et produit 10 kw de chaleur (amplement pour chauffer une grande maison au Québec en hiver) alors que l’énergie requise pour l’alimenter était autour de 650 watts. Rossi appelle ce type de réacteur E-Cat pour Energy-CATalyser. Mais, pour arriver à contrôler la réaction, il devait maintenir la température à 250°C environ, ce qui est bien pour chauffer des bâtiments, mais pas suffisant pour produire de l’électricité. En effet, les centrales thermiques fonctionnent en produisant de la vapeur à 600 °C environ afin d’atteindre des efficacités près de 40 %. Mais, Rossi est arrivé à atteindre des températures de plus de 1000 °C avec une nouvelle génération de réacteurs qu’il appelle E-Cat HT. Il est arrivé à mieux contrôler la réaction à la fin 2012 et des test ont été effectués par des chercheurs indépendants de l’Université de Bologne en Italie et de l’Université d’Upsala en Suède, de décembre 2012 à mars 2013. Les températures mesurées dans les deux tests effectués (un d’une durée de 4 jours et l’autre de 5 jours) étaient autour de 800°C. Dans le rapport rédigé par ces chercheurs, et disponible ici http://arxiv.org/ftp/arxiv/papers/1305/1305.3913.pdf , on peut lire la conclusion suivante.

«Even from the standpoint of a “blind” evaluation of volumetric energy density, if we consider the whole volume of the reactor core and the most conservative figures on energy production, we still get a value of 793 ± 80 MJ/Liter that is one order of magnitude higher than any conventional source.

Lastly, it must be remarked that both tests were terminated by a deliberate shutdown of the reactor, not by fuel exhaustion; thus, the energy densities that were measured should be considered as lower limits of real values»

Soit en français (traduction libre)

«Même du point de vue d’un «aveugle» l’évaluation de densité d’énergie volumétrique, si nous considérons le volume entier du cœur de réacteur et les chiffres les plus conservateurs sur la production d’énergie, nous obtenons toujours une valeur de 793 ± 80 MJ/LITER qui sont un ordre de grandeur plus haut que n’importe quelle source conventionnelle.

Finalement, il faut considérer que les deux tests ont été terminés par une un arrêt délibérée du réacteur, pas par l’épuisement de carburant; ainsi, on devrait considérer les densités d’énergie qui ont été mesurées comme les limites inférieures de valeurs réelles»

Pour fins de comparaison, il est intéressant de savoir que l’essence a une densité volumétrique d’énergie de 32 MJ/Litre. Un autre fait très éloquent se trouve dans le rapport où l’on nous apprend qu’en novembre 2012 un essai avait fait fondre le réacteur (en acier). On a donc baissé l’alimentation de 1 kw à 360 W pour les expériences qui font l’objet du rapport. La puissance thermique dégagée était de 2034 W. On a donc un gain (COP) de 5,6 en puissance (puissance thermique dégagée/puissance électrique fournie), avec une précision évaluée à 10%.

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Il est important de mentionner que présentement des tests d’une durée de 6mois sont en cours et vont se terminer en mars 2014. L’énergie excédentaire dégagée sera donc en principe de 40 à 50 fois supérieure aux expériences de 4 à 5 jours. Le facteur 10 (un ordre de grandeur) mentionné dans la conclusion plus haut devrait donc passer à un facteur 100 et plus, c’est à dire qu’un litre de matière réactive devrait produire 100 fois plus d’énergie qu’un litre d’essence, surtout que leurs réacteurs fonctionnent présentement de façon stable à 1000 °C.

Pour les nouveaux correspondants qui n’ont pas eu mes courriels de 2011, sachez que la matière active des réacteurs E-Cat est une fine poudre de nickel avec de l’hydrogène et un catalyseur dans une enceinte en acier. Un élément chauffant monte la température de ce mélange pour amorcer la réaction et il se dégage alors beaucoup plus d’énergie qu’on en injecte, sans émettre de gaz à effet de serre ni déchets radioactifs. Ils peuvent même faire fonctionner le réacteur sans alimentation une fois qu’il est démarré, mais ont alors moins de contrôle. On pourrait chauffer une maison en hiver au Québec pour 1$ par mois de «carburant». Les calculs montrent que pour remplacer toute l’énergie consommée sur la planète, on aurait besoin de quelques pourcents de la production mondiale de nickel à peine, et une partie pourrait être recyclé. Pour ce qui est de l’hydrogène, nos océans peuvent nous en fournir pendant des milliards d’année.

Ce qui est particulièrement intéressant dans le dossier E-Cat c’est qu’on apprenait cette semaine que la compagnie Industrial Heat, nouvellement formée, a acheté les droits de Rossi pour la commercialisation de la technologie et qu’à l’automne 2013 ils avaient déjà bouclé un financement initial de 12 M$. Voir le communiqué de presse à

http://www.prnewswire.com/news-releases/industrial-heat-has-acquired-andrea-rossis-e-cat-technology-241853361.html

Voici un extrait du communiqué que j’ai traduit en français

«Tom Darden, qui a cofondé Cherokee Investment Partners, une série de fonds privés et en action se spécialisant dans le nettoyage de la pollution, est un investisseur fondateur de Industrial Heat. Il fait partie d’un petit groupe d’investisseurs de même opinion qui soutiennent cette technologie parce qu’elle pourrait significativement contribuer à résoudre un certain nombre de défis sociaux et environnementaux. Ils se sont engagés à la rendre largement disponible à cause de son potentiel. IH envisage des partenariats avec des participants d’industrie, des universités et l’ONG(l’organisation non gouvernementale) afin d’assurer que la technologie soit développée d’une façon réfléchie et responsable.»

Voir également l’article suivant

http://www.bizjournals.com/triangle/news/2014/01/24/onfirmed-raleighs-cherokee-buys-into.html?page=all

La firme Cherokee d’où provient le fondateur de Industrial Heat et le VP, gère présentement un portefeuille de deux milliards $. Voir

http://www.cherokeefund.com/index.htm

On peut donc s’attendre à ce que le développement et la commercialisation du E-Cat soit financé correctement. Souhaitons-leur bon succès!

Ces nouvelles énergies de l’hydrogène sont très importantes puisqu’elles peuvent fonctionner le jour comme la nuit, avec ou sans vent, ce qui n’est pas le cas des énergies renouvelables actuelles, sauf les barrages et la géothermie. Or on ne trouve pas partout les conditions pour implanter ces sources d’énergie.

Prenons par exemple le projet Masdar en Arabie, qui consiste à construire une nouvelle ville de 50 000 habitants dans le désert d’ici 2030, et qui devait s’alimenter à 100 % d’énergie renouvelable. Malgré le budget de 18 milliards d’euros, ils n’y arrivent pas. Ce n’est pas un manque de volonté car, croyez moi ils ont mis le paquet. Les matériaux doivent être recyclés et les matériaux de construction être locaux le plus possible. Ce sera une cité sans véhicules individuels. Les rues sont étroites et ombragées et des transporteurs électriques communautaires (4 passagers chacun) circulent sans conducteur en sous-sol. Les toits sont couverts de panneaux solaires photovoltaïques et de capteurs solaires thermiques pour l’eau chaude. Voir l’excellent documentaire suivant

Comme vous le voyez dans l’image de la vidéo que j’ai choisie, la centrale solaire thermique doit utiliser des brûleurs au gaz naturel la nuit pour alimenter la ville. On n’arrive donc pas à générer l’électricité sans gaz à effet de serre (GES). Avec les nouvelles énergies de l’hydrogène (hydrinos et RNBÉ) il n’y aurait pas de GES ni de déchets nucléaires. Seules des petites quantités de nickel et d’hydrogène serait requises. Il y a de quoi rêver.

On pourrait irriguer les déserts en dessalant l’eau de mer à peu de frais et construire des serres pour la production de légumes biologiques en hiver dans les pays nordiques. Fini l’importation des denrées de pays aux antipodes.

Avouez que ce sont de bonnes nouvelles! Je vous donnerai plus d’info lors de prochains courriels.

Bien cordialement

Pierre Langlois, Ph.D., physicien
Consultant en mobilité durable,
Auteur et conférencier

Téléphone : 418-875-0380
Courriel: [email protected]
Site Internet: www.planglois.com

Le physicien Pierre Langlois faisant le plein électrique d'une Chevrolet Volt

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Jean-Claude Cousineau

Jean-Claude Cousineau est le fondateur du site Éco-Énergie à Montréal. Depuis avril 2015 il travaille pour Les Entreprises Ecosolaris. Ilest également un collaborateur du site Roulez Électrique.
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